Novgorod et Moscou

28 /08/ 2009 : Novgorod

Comme ce matin, sur la route, contrôle de police. La police nous arrête, reste un grand moment devant la fresque peinte sur le ccar, puis passe à l'attaque. Papiers ! ...Plein de bonne volonté, Jean-Paul tend les passeports. Niet ! Il veut autre chose ! On est tout sourire mais quand même...pas fiers à l'intérieur. Consigne : on ne connait que le français (et dans ce cas, c'est très très facile!) Carte verte ? Re-niet ! Très Betty Boop, avec un battement de cils, je lui tends l'assurance russe. Niet aussi ! Veut autre chose mais quoi ? Ah...Plein d'espoir JP tend la carte grise...DA ! Mais il veut encore...Pff !! On lui sourit l'air benêt ...Il fait signe de conduire. Le permis?... JP ouvre le permis international... c'est le mien ! Où est le sien ? Dans le vide poche? Non ! Dans le placard ? Non..Dans le coffre ? Non ! J'occupe le flic comme je peux et lui explique qu'on sort le papier tout en lui tendant mon permis...calmement. DA et Niet ! C'est bien le permis qu'il veut mais celui de JP, qu'on trouve bien rangé dans la pochette des papiers. OUF ! JP, il faut tout vérifier avant de prendre la route et pas se contenter de « je croyais que... ». JP doit descendre du véhicule. Le flic fait signe de souffler. Il n'a aucun alcootest et demandera à JP de lui souffler en plein visage...en pleine période de contamination de grippe HA N1!!! On peut partir...

Concernant les isbas, rangez vite vos images d'Epinal : maisonnette en bois, avec tours de fenêtres sculptés, belle et coquette, avec des fleurs, de belles couleurs...Il y a belle lurette que ceci est du folklore. Les maisonnettes sont bien en bois, avec le tour de fenêtre sculpté, mais dans un tel état de délabrement qu'on se demande comment elles pourront encore supporter les affres d'un nouvel hiver. Autour d'elles, un grand potager et seulement quelques fleurs ; la peinture est écaillée, les toits menacent ruines... C'est plutôt la misère. Quelques belles isbas nous surprendront mais elles resteront l'exception sur la route qui nous conduit à Novgorod.

A Novgorod, nous trouverons, tout près du Kremlin, un parking gardé, en retrait de la route. Grand moment pour communiquer avec le gardien. Il commence par se gratter la tête face à ma demande d'accès pour 24 H. C'est pourtant un parking « 24 YACA ». Au moment où je prends l'air désolé et lui dis « tant pis », il ouvre la barrière. Cool ! Pour remplir les papiers...çà a été une autre paire de manches ! Armée de mon précieux « gépalémo », d'un carnet et d'un crayon, du guide de conversation russe, je tente de répondre à son flot de paroles....Lui ne fait que hocher la tête, dire « niponimaille » (je ne comprends pas) et tout reprendre. En désespoir, j'écris « 24 = 200R » et lui tend deux billets de 100R...Yes ! C'était çà ! 24H = 200R ( Environ 4,5 €) à payer de suite et on met une étiquette métallique sur le tableau de bord, à rendre demain. On devient bons !

Novgorod offre un bond dans le moyen âge. A côté de l'agitation perpétuelle de St P, elle apparaît calme et paisible. Son patrimoine est très riche...surtout en églises. Imaginez une surface comme la place Bellecour recouverte des dizaines d'églises orthodoxes, de taille différente comme des matriochkas. C'est étonnant ! Pourquoi autant de lieux de cultes ? Tous sont en restauration et lorsque les rénovations seront terminées, la ville sera magnifique. Le kremlin, enceinte fortifiée, est plus vieux que celui de Moscou. Il a été fondé au XI ème siècle, couvre 12 hectares pour une longueur d'enceinte de 1,5 km. Nous pourrons admirer, non seulement, les murs de briques mais aussi, de ci de là, les rondins originaux. Je me surprendrais à imaginer Michel Strogoff, le héros de Jules Verne, aux prises avec ces terribles murailles. La cathédrale orthodoxe a été bâtie entre 1045 et 1052 et détient, semble-t-il, le record de vieillesse sur le territoire russe. A l'intérieur, tous les murs sont peints de saints, des « momies » de dignitaires reposent dans des tombeaux d'or. L'iconostase date du XV éme siècle : gigantesque, en bronze, avec diverses rangées de fresques. Il occupe un mur entier de la cathédrale du haut en bas, de droite à gauche .Mais le plus surprenant est l'immense lustre en bronze: 9 siècles, 1000 kg, offert par le tsar Boris Godounov. Il nous écrase de sa masse !

Seule, sur la droite de ces imposantes réalisations, une petite icône du XII ème siècle patiente dans la pénombre. Tout le monde se recueille devant elle...Oh ! Son oeil gauche est crevé !! Voici pourquoi. Lorsque la guerre féodale opposait Souzdal à Novgorod, les infidèles de Souzdal ont tiré une flèche dans l'oeil gauche de cette icône. Elle se mit à pleurer, entra dans une colère noire et...la nuit tomba en plein jour ! Tous les ennemis, les félons de Souzdal, devinrent aveugles et Novgorod fût sauvée !

29/08/09 : arrivée à Moscou

Nous avons repris la M10 tôt le matin. Ce ne sera qu'une succession de bon goudron et tronçons déplorables. Tout au long du parcours, les désormais familières « échoppes » égaient le paysage : ici des légumes, là des fleurs ou encore des peluches et serviettes made in china très bariolées, des samovars fument : le brouillard est de la partie ce matin. Nous découvrons Moscou. Le premier qualificatif qui nous viendra est : démesure ! Tout au long du périphérique de ceinture, ce ne sont que centres commerciaux énormes, qui disputent les m2 aux grands ensembles. Nous roulons sur une « 2X 8 voies » !!! Dieu merci : Tomtom sait nous guider. La circulation est affolante ! Pourtant nous sommes habitués aux grandes métropoles !! Elles nous semblent si minuscules à côté de Moscou ! Nous avons l'impression de débouler de notre campagne profonde !

Plan A : Nous arrivons à Luniki, grâce au Tomtom (indispensable) : fermé ! Ce n'est plus la saison

Plan B : Sokolniki, le point fourni par les amis d'Annie et Stéphane Marais : même ritournelle !

Plan C : un parking gardé vers le parc Ismaïlovo. Tout est complet : les Moscovites sont au parc.

Plan D : le parking d'un hôtel. Nous sommes très fatigués et n'avons pas le courage d'essuyer une autre déconvenue..Nous sommes dimanche, la circulation est dantesque et la façon de conduire des Moscovites encore pire !!!

Nous cherchons le parking de l'Hôtel Véga et après quelques péripéties serons acceptés par le gardien du parking Béta !!! Nous avons cru comprendre que nous devions voir la réception...Quel accueil ! Un « truc » genre Peggy la cochonne (grosse, grasse, blondasse avec des anglaises filasses, les yeux passés au surligneur bleu dur et le rouge à lévres débordant) s'offusque ! Quoi ? Un ccar sur le parking de cet établissement huppé ? Elle fonce ventre à terre (pas de mal : il traine déjà) vers la direction. Niet si pas de chambre ! Elle nous envoie au bureau d'à côté où nous attend Mme Cerbère, revenue des enfers juste pour nous ! Trogne de rigueur...Elle nous imprime, en noir et blanc, l'adresse d'un parking gardé à quelques rues. On va voir à pied : rien trouvé ! Nous passerons la nuit sur l'esplanade-parking de Bêta, établissement où même le personnel s'identifie au nom de l'hôtel par son comportement. Ces hôtels sont des horreurs moscovites de 1000 chambres et suites construites pour les JO de Moscou. Nous sommes sur le site historique et ceci vaudra bien une tournée de vodka, la seule beauté sur ce parking étant notre Exsis ! D'autant que puisque le taux d'alcool au volant est zéro, même si quelqu'un nous ordonne de partir, nous ne pourrons pas obtempérer ! Stratégie ! Stratégie !

Plan E pour le lendemain très tôt : le parking vers VDNH. Accueil très sympa. C'est bruyant mais du moment que le ccar est gardé...Nous partons à la découverte de Moscou. Dans le métro, les indications sont en cyrillique très serré et comme l'éclairage n'est pas au top malgré des lustres gigantesques, nous prenons le temps de comparer les lettres une à une avec le plan. Une voix « descend » jusqu'à nous : « may I help you ? » Oh ... Un gentil géant blond vient à notre rescousse avec le sourire ! Il nous guidera jusqu'à la Place Rouge...en remorquant un copain imbibé de vodka ! Bel ange gracieux, nous t'offrons un souvenir de Paris : une tour eiffel en porte-clé. L'ange s'illumine. C'est fou comme ces simples porte-clés, achetés sur internet par 100, rendent les gens heureux : des gamins devant un sapin de Noël. C'est un moyen sympa de remercier les gens qui nous tirent une épine du pied. Par contre, on dit toujours « souvenir de France » et pas « cadeau » : du coup, le geste est sans ambiguité.

1ère fraude : au lieu de passer 2 fois la carte magnétique du métro devant la borne, on ne l'a fait qu'une seule ! Oups...On ne savait pas. Le « trou qui parle » a dit une pour 2 ! Alors...

Nous avons arpenté la Place Rouge, le Kremlin, Kitaï Gorod, le GOUM ex magasin d'état reconverti dans le luxe...français, Loubianka et Zamoskvorietché, Theatralna. Nous sommes plutôt vieilles pierres que musées...Ceci explique la randonnée urbaine.

Partout, la démesure des monuments, des constructions nous surprendra.

2ème fraude : JP a fait des photos défendues dans le Kremlin...sans se faire prendre. Dans le Kremlin, il faut filer droit et marcher dans les clous. Vous êtes hors du trottoir, hors du passage zébré...Coup de sifflet des militaires qui vous exhortent à obtempérer...avec gentillesse pour les Mamis qu'ils prennent par le bras et l'épaule pour les reconduire...dans les clous!

3 ème fraude : devant un bâtiment lugubre, JP photographie une belle porte. Un militaire demande, dans un anglais parfais, à voir la dernière photo. Il faut l'effacer. De mon air le plus ingénu : «  but what is it ? » réponse : «  ex cagibi ». Air épouvanté et horrifié de ma part : «  Oh sorry ! KaGiBi !!! »  Le militaire nous fait la leçon : les photos c'est depuis l'autre côté de la place ! Pendant que je lui demande le Bolchoï, JP met l'appareil dans son dos, prend une quinte de toux et rephotographie, en douce, la porte de KGB. Non mais !

Partout des bronzes magnifiques ornent les places. C'est beau ! ...Mais les meutes de chiens errants sont inquiétantes. Nous en verrons beaucoup en ville ; les chiens ne sont pas menaçants, mais quand même...

Sur le pont des amoureux, d'étranges arbres de bronze dressent leur feuillage...de cadenas ! C'est magnifique : de toutes tailles, de toutes formes, ornés... Nous accrocherons une tour eiffel parmi eux !

31/08/09 : Moscou

Pour illustrer la démesure de Moscou, deux histoires .

La cathédrale du Christ Sauveur.

25 décembre 1812, Alexandre 1er décide de construire une cathédrale. Pose de la 1ère pierre sur un site proche du kremlin mais marécageux. Abandon du projet...

1831 : Le projet ressort des cartons. La première pierre est descellée du lieu voisin du kremlin pour être reposée sur le site actuel de la cathédrale. En 1881 seulement, la décoration sera terminée. Et quelle décoration : avec des pierres sculptées, des allégories, des panneaux entiers de marbre racontant des scènes religieuses, des gigantesques bronzes en façades.

26 mai 1883 : Enfin, la cathédrale est consacrée et peut « fonctionner ».

1931 : Staline veut un gigantesque palais...sur le site de la cathédrale qu'il fait littéralement « péter » à l'explosif ! Le palais ne verra pas le jour et sera remplacé par une piscine été/hiver.

1988 : Broncha d'une association qui exige la reconstruction de la cathédrale. Le Président, qui n'avait rien décidé depuis quelque temps, et qui s’ennuie ferme, signe un décret (rien que çà) pour exiger la reconstruction de la cathédrale. Obéissance générale !...Et le 31 décembre 1999, la cathédrale reprend du service. Bien sûr, les parois sont recouvertes de marbre au lieu d'être en marbre massif...mais quand même !

La statue de Pierre le Grand : 96 mètres de haut, plusieurs tonnes de bronze.

Un sculpteur voulant honorer Christophe Collomb, lui fait une statue et tente de la donner à Miami qui ...décline la proposition devant le gigantisme de l'oeuvre ! Qu'à cela ne tienne ! Notre artiste change la tête de la statue et la transforme en Pierre le Grand ! Moscou achète !

Enfin, nous croiserons de nombreuses Maserratis, Ferraris, Porsche Cayenne dans les rues, lancées à fond dans la surpuissance de leur moteur.

Ce n'est qu'en sortant des lieux à touristes que nous verrons la vraie vie : la galère, la débrouille, les petits boulots, la décrépitude, la mendicité des vieillards, des jeunes mutilés de guerre.

Sur le marché aux souvenirs de la Place Rouge, nous discuterons longuement avec une jeune femme qui teint « échoppe ». Elle est heureuse de parler en anglais avec nous, explique l'artisanat, s'étonne de nous savoir en camping-car, routards...Il en résultera un échange de porte-clé matriochka contre tour eiffel. Quel moment plaisant !

Pour la 1ére fois, depuis toutes ces années où nous voyageons, je vais perdre un objet. Prise dans le tumulte, la fureur et le bruit de Moscou, j'ai oublié ma veste Lafuma sur la caisse d'une superette. J'espère qu'elle sera emmenée par plus nécessiteux que moi et qu'elle servira autant qu'elle va me manquer. Après quelques courses au super marché Auchan, nous quitterons Moscou sans regret. A Auchan, tout se paie en liquide, la CB n'a pas court. Tout juste pourrons nous retirer quelques roubles à un distributeur. C'est stupéfiant comme la modernité peut stopper net en Russie.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site