Afrique de l'Ouest. Route de l'Espoir. Mauritanie

18 janvier 2011 : Route de l'Espoir. Mauritanie

Aujourd'hui sortie sans problème du campement ! Ouf ! Car nous avons été avertis : la journée sera rude...

Tiens une banque ! Nous décidons de changer quelques euros en ouguyas (UM) : 1€ vaut 370 UM mais nous l'avons changé entre 350 et 360 jusqu'à présent, en négociant fermement.

Première surprise : au guichet, la femme est voilée et porte des gants. J'aurais du envoyer Jean-Paul puisque visiblement ici la femme disparaît sous un monceau de chiffons ! Elle ne vaut rien !

Le fantôme me demande l'objet de ma visite et je réponds quand, du fond de la banque, un aboiement retenti : «  Du calme ! Moins fort! ». Un individu de sexe masculin surgit en bouclant la ceinture de sarouel...Regard mauvais de sa part, sourire du mien ...L'affrontement commence...Il me toise...Moi aussi ...Et comme je suis un tantinet plus grande, et que je me hausse sur la pointe des pieds (ce qu'il ne voit pas), il devient « ridiculus minus ». Il repart. Première manche gagnée par Tita !

Par la porte ouverte d'un bureau, un monceau de liasses d'UM se laisse admirer...Comme çà ! A la vue de tous...Un gros tas d'UM de bien 1 mètre de haut sur toute la surface du bureau!!! Des liasses toutes bien rangées, alignées...?! Suis-je dans une banque ? Regard circulaire sans bouger d'un poil : oui ! C'est la BCIM donc...Une banque ayant pignon sur rue.

Toujours immobile, bien droite, je patiente en étant sûre que Ridiculus Minus m'observe. Le voilà à nouveau ...Hé ! Hé !... « Pour... quoi ? »...A voix très très basse, genre chuchotement amélioré, exprès pour lui faire tendre l'oreille : « change euros/UM »... « Ahe??? »...Même demande un ton au-dessus...  « possible ».... « 150€ en UM ? »(encore plus bas)...  «passeport»...Je tends avec une lenteur toute calculée le passeport et les euros...Ridiculus Minus disparaît à nouveau 5 minutes...Et revient avec le passeport, un bordereau et...Rien...?! J'attends...J'attends...Lui aussi d'ailleurs...Je craque et lui demande doucement, lentement, à faible voix : « auriez-vous besoin d'autre chose ? » 2éme manche gagnée par Ridiculus ! GRRRRR

De dessous son sarouel, il sort une liasse. Signature du bordereau...Attente ...Là, comme je fais mine d'apprendre par cœur le bordereau et de calculer mentalement, en comptant sur mes doigts la conversion...Il craque ! 3ème manche pour Tita !

Il se lance alors dans une explication très détaillée de la valeur des billets, billet par billet, m'explique comme si j'étais privée de toute raison que c'est beaucoup d'argent. Je suis tout sourire mais çà bout sous mon crâne : rira bien qui rira la dernière ! Me voici enfin en possession de mon argent...Je le range calmement, tourne les talons et là ...LA … Je tonitrue : «SALUT RIDICULUS MINUS ! » et claque violemment la porte de toutes mes forces sur un dernier : «  POV' NAZE TRIPLE ZERO ! » Bon sens , çà fait du bien les copains !

La route entre Ayoun et Kiffa sera terrible ! Derrière nous, au dernier barrage de Ayoun, deux 4X4 avec cellule... en piteux état. Des Français. La conversation s'engage et nous convenons de nous rejoindre à Kiffa ce soir, tout en se promettant de garder un œil les uns sur les autres le long de ce tronçon. Le gendarme nous souhaite bonne chance et nous indique que 5 heures seront nécessaires pour couvrir les 208 Kms. La route n'existe quasiment plus : il faudra être très attentifs aux « gros trous » et prendre des pistes parallèles éprouvantes.

Les montagnes de l'Affolé sont grandioses avec des roches tourmentées par les vents, un sable ocre mais, hélas, le sempiternel vent de sable souffle encore... Faire des photos en roulant devient tout un art ! Nous ouvrons les fenêtres le moins possible. Pas question d'embarquer tout le Sahel !

La route est inexistante : elle a été emportée par les inondations de l'automne. Nous descendons en première dans d'énormes gouffres pour remonter de l'autre côté toujours en première. Nous slalomons tant bien que mal entre les écueils, sommes souvent en dévers sur des tronçons qui, il y a 5 ans, étaient carrossables. Un automobiliste malveillant nous fera une queue de poisson que Jean-Paul évitera de justesse ! Exaspération parce que nous roulons très très lentement ? Tentative d'agression ? ...Allez savoir ! Restons zen ! Concentrons-nous sur les fondrières...

Tiens un barrage...Le douanier nous informe que le chef a mal à tête. Aurions-nous quelque chose pour lui ? Je ne résiste pas : «  Mal comment ? Beaucoup ? Depuis longtemps ? » «Oh oui longtemps, longtemps et très très beaucoup » « Ah, je vois...Et où à la tête ? » «  Partout partout ». «  Pauvre Chef ! Il doit grogner beaucoup aussi. » «  Oui, c'est çà grogner beaucoup aussi ». Avec un gentil sourire, nous tendons une plaquette de Dolipranne (le plus faiblement dosé) et expliquons :  « un seul cachet ce matin et un seul ce soir mais pas plus ! C'est très fort et le Chef pourrait être encore plus malade ! »

Nous repartons à travers les villages dévastés par les inondations. Spectacle tragique mais d'une beauté sans nom ! Le Sahel est couvert d'eau, de petits ilots, envahis par les échassiers.

Nouveau barrage. Cette fois, le Major a très mal aux dents. Nous emploierons la même tactique qu'avec le Chef car nous ne voulons pas laisser installer une collecte « sauvage » de médicaments le long de la route. Le gendarme doit comprendre qu'un médicament n'est pas aussi anodin qu'un bonbon !

Au bout de 6 longues heures, nous voici enfin à bon port à Kiffa au Phare du Désert. Le gérant nous propose immédiatement de laver le véhicule. Ah bon ? Il est si sale que çà ? Manque pas d'humour ce gars. Jean-Paul lave l'extérieur et je m'emploie à l'intérieur de la cellule. Mais...Par où commencer ? Tout est si sale ! Jamais nous n'avons été aussi crasseux c'est vous dire ! Le découragement nous guette ; la fatigue et le stress de la « route » nous tombent sur les épaules.

Bon ! On se secoue ! Je commence par le fond du véhicule pour venir vers l'avant. La salle de bains et les wc...Les WC !!! OH NOONNN ! C'est un cauchemar ! Le lavabo est sorti de son logement et pend ! Quand aux WC...quasiment vides ce matin...Ils ont réussi à déborder !

Ceci vous permet d'imaginer ce que nous avons enduré sur ces 208 Kms !

Alors que nous frottons vigoureusement, malgré la fatigue, des nuées d'enfants viennent nous assaillir. Ils se piquent à 1 mètre de nous et serine «  cadeau, cadeau, bic, bic ». Refus ferme de notre part dans un premier temps, puis agacement, et enfin nous les chassons «  pas de cadeau, pas de bic rien ! Et tu le dis à tes copains ! Allez ouste ! » Justement arrive le gérant. Je lui demande très fermement de faire cesser cette persécution et lui exprime notre courroux. Réponse flegmatique de sa part : «  çà va s'arrêter. Ce n'est rien : juste les enfants de l'école coranique ». C'est plus fort que moi. Je n'aurais pas du...Mais çà m'a soulagée à un point... : « ben si c'est tout ce que vous leur apprenez à l'école coranique !!! La mendicité au lieu du respect des Anciens et la politesse ! Ce n'est pas bien beau ! »

L'eau du robinet nous a semblé potable et nous avons rempli le réservoir, tout en la traitant. Quelque chose qui ressemble à un puit fermé avoisine le robinet. Ce doit être un captage. Nous demandons à vider la cassette des WC et le gérant nous indique...le puit...???!!! Flûte !  C'était en fait une fosse donc l'eau de notre réservoir risque d'être polluée par des excréments …Il faudra la vidanger et rincer le réservoir dès que que possible.

Qui voilà ? Trois bonnes heures après nous ...les deux 4X4 avec cellules !!! Nous marquons notre étonnement. Nous pensions que la route était plus aisée pour eux. Eh bien non ! Ils ont les mêmes difficultés, voire plus , avec leurs cellules à cause du tangage. Leurs véhicules sont en piteux état pour avoir roulé longtemps à travers toute l'Afrique. Un conducteur nous expliquera qu'il a fait changer sa boite à vitesse à Bamako. Le garage lui demande de commander un modèle X. En France, un ami se charge de l'expédition par fret aérien. Erreur de boite! Une autre est aussitôt commandée et arrive à Bamako. La boite neuve est aussitôt désossée, démantibulée, mise en vrac par le garagiste, à la grande stupeur de notre compère. Les mécaniciens ouvrent le bloc moteur, neuf, au marteau et au burin... Y'a pas de problème !!! Tout est remonté. Essai : il n'y a plus que des marches arrières dans la boite !!! Nouvelle dépose en pleine nuit alors que les propriétaires dorment dans la cellule. Enfin dorment...tentent de...Car avouez qu'entendre des coups de masse et de burin n'est pas propice au sommeil ! Nouvel essai :  4 marches arrières et 1 marche avant ! Y'a du mieux, y'a pas de problème ! Finalement, notre camarade mettra la main à la pâte et tout rentrera dans l'ordre. Ou presque : la boite est quand même en piteux état.

L'autre 4X4 a été remorqué avec à son volant un autochtone. Le véhicule tracteur roulait à toute allure et dans un virage...Ce qui devait arriver arriva ! Le 4X4 a versé !!! Tout le chassis et la structure ont été vrillés, le pare-brise cassé ! Malgré des réparations en nombre, le pare-brise se fendra encore et encore...Et le véhicule est un peu «  en crabe » !

C'est l'Afrique ! Y'a pas d'probléme !

 

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