Afrique de l'Ouest. N'dangane. Niokolo Koba

6 janvier 2011:

Debouts à 6 heures ! Il y a eu trop de passages le long du véhicule cette nuit et l'altercation nous a déplu. On dégage en vitesse dès la levée du jour pour rejoindre Yves et Roselyne à N'dangane, le « havre » en wolof ! N'dangane la bien nommée.

Yves et Roselyne ont retenu pour un mois dans un véritable bouquet de fleurs ! La rue est calme, le campement coquet, équipé d'une piscine nettoyée tous les jours. Une cuisine d'été couverte est à leur disposition et leur caravane occupe...le seul emplacement disponible ! Le campement n'est constitué que de cases alors...De là à garer un ccar....Peu importe ! Nous stationnerons dans la rue et nous raccorderons sur une case pour l'électricité. Au Sénégal, les campements pour ccar sont inexistants. Bien souvent, nous sommes contraints de demander l'hospitalité sur les parking d'auberge... Le touriste individuel est rare...très rare...Il faut dire qu'à force d'être « déplumé », « racketté », le touriste boude le Sénégal...sauf à venir en masse avec un voyagiste...mais là : très peu pour nous !

Yves a tôt fait de nous organiser une ballade en calèche, terme pompeux désignant une carriole bringuebalante, équipée de deux immenses roues et de « michelin », attelée d'un âne. Alphan (comme Luc le champion olympique) nous conduit à travers la brousse dans un village un peu reculé où les femmes danseront pour nous...dans le but inavoué qu'on achète leurs babioles « de Tawaïn », par ordre d'importance des boutiques. La société sénégalaise est basée sur un système étonnant et complexe de priorités, de castes auquel nous tentons de nous conformer. Mais voilà que les femmes veulent que je danse...Le mal de dos qui me taquine sera la meilleure excuse pour refuser..et me permettra d'engager la conversation avec une femme qui découvre que nous sommes mamy toutes les deux...Donc des Anciennes ( avec A majuscule) donc des Autorités ! Pour échapper aux marchandes, nous irons nous recueillir à l'église, puis écouter avec recueillement la chorale du village. Polyphonie sénégalaise, beauté des choeurs...Les chants nous enchantent...mais ne nous empêchent pas de sauter sur la calèche et de filer dans le couchant.

Le lendemain, Babou nous attend avec sa pirogue pour une journée de pêche dans les bolongs ( bras de mer) du Siné Saloum. Youpie ! Je vais enfin inaugurer pour de vrai ma canne !!! Mais avant, la pirogue nous permet d'approcher de près les palétuviers et la mangrove et d'observer  de près les martin-pêcheurs, les pélicans, hérons et cormorans. Babou nous signale même une énorme hyène, trop loin de nous pour obtenir une belle photo. La pêche commence. Yves monte ma ligne avec un superbe hameçon équipé d'un leurre...bleu ! C'est ce qui lui semble le plus approprié dans ma panoplie ! Babou garde un oeil critique : «  c'est pas bon çà ! ». Je lance …..assez loin pour forcer l'admiration. Normal : la formation au lancer s'est déroulée sur une pelouse de Gerland (Lyon 7°) ...donc la technique est parfaite ! Pour le reste....Peut mieux faire ! Largement mieux faire ! Au bout d'un moment, Babou décide de changer ma ligne : le bleu c'est pas bon,  il faut un gros plomb et un vrai hameçon, le mien a pourtant l'air redoutable avec tous ses crochets... « Non ! Pas bon ! Demain tu y es encore » s'entête Babou. Il monte sur ma ligne un plomb qui fait ployer le bout de ma canne (çà va casser ?) et un hameçon...tout bête ! Bête comme...un crochet. "Je vais vraiment attraper quelque chose? " " Oui çà c'est bon !" ….Concentration...application...accroche minutieuse de la crevette...lancé...Tout y est ! Çà frétille au bout de la ligne ! "Vite ferre !" Coup de poignet (là je n'ai aucune formation)...."La ligne tire...C'est terrible"..."Non ! Normal ! Mouline"...Bon d'accord...Et là....Crac ! Le fil casse, le plomb et l'hameçon tombent au fond du bolong !!!! Babou ne va pas être content ! Tu vois, je t'avais prévenu : çà a tout pété ton gros plomb ! Babou n'a rien dit mais décidé  de dévider tout mon moulinet !?!? Yves m'équipe d'un super fils dernier cri. Quelle patience avec leur élève ! La ligne est encore plus lourde dans ma main...Mais je m'entête...Ce coup ci, les poissons vous allez voir ! ...Rien vu du tout ! Complètement misogynes les poissons sénégalais ! Ils ont boudé la canne de Roselyne et la mienne pour s'agglutiner sur celles d'Yves et Babou.  Et Jean-Paul ?...Il immortalise la formation et se gausse.

A midi, nous accostons sur une île déserte et Babou a tôt fait d'installer un feu et de griller le poisson . Au menu : des thioffs, des merlus et un magnifique St Pierre. Cool non ! Babou ne mange pas avec nous. Roselyne explique : le client est servi en 1er et quand il a fini de manger le Sénégalais mange les restes. Voilà qui choque Jean-Paul et moi...Mais pour éviter de mettre en difficulté nos amis nous appliquons cette règle, sans doute héritée du colonialisme.

La pêche reprend. Roselyne sort des poissons elle aussi. Et moi ? Oh ben...La garniture ! Je pèche une super salade, amas d'algues du bolong, et nourris les poissons ! Ils grignotent toutes mes crevettes mais boudent l'hameçon....Ben quoi ? Si vous voulez attraper des gros poissons, il faut bien les nourrir et là...Je m'en occupe consciencieusement. Tout le monde se moque de ma malchance...dans la bonne humeur ! Cette journée magnifique, hors du temps, s'achèvera autour d'une bière au port....une Flag ...l'authentique bière blonde de l'Afrique de l'Ouest, brassée ici même...par Jenlain !

8 janvier 2011 :

Avec émotion, nous quittons une nouvelle fois Yves et Roselyne et leur coin dans un bouquet de fleurs. Rendez-vous est pris à Lyon, lors de leur retour en France au printemps. Nous sommes attendu dans le parc du Niokolo Koba. Mais avant....Il faut prendre le mauvais goudron. Mauvais est bien optimiste ! La portion Fatik/Kaolac est épouvantable ! Sur 50 Kms, Jean-Paul devra slalomer entre des fondrières impressionnantes, des cassures abruptes de la chaussée, le tout au milieu d'une circulation dense. Même les grands bâchés roulent au pas: c'est vous dire ! Nous mettrons plus d'une heure avant de trouver le bon goudron, l'excellent bon goudron ! En fait, le Sénégal a confié le marché de réfection de la chaussée à une entreprise espagnole qui a été payée...à moitié ! Prétexte avancé au non paiement : mal façons sur le goudron ! Réalité : argent détourné donc caisses vides ! L'Espagnol a refusé de finir le chantier : pas d'argent pas de goudron !

Le campement de Wassadou est enchanteur. Belles cases traditionnelles lovées dans une courbe du fleuve Gambie, fromagers immenses, tecks aux larges feuilles, palmiers et accueil par...les singes verts et les babouins. Véridique ! Ils sont massés en grappe dans les arbres et se chamaillent à notre arrivée. Super pour faire relâche !

10 janvier 2011 :

A 7 heures, Kécouta, notre guide, et Diala, nous juchent sur un camion-brousse, antique Saviem « galion », bien  retapé et nous fonçons pour la découverte de la faune et de la flore du parc, ainsi que pour une nuit de bivouac dans la brousse. Le Parc du Niokolo s'étend sur 930 000 ha et constitue l'une des plus importantes réserve animale et végétale de l'Afrique de l'Ouest. L'accès est réglementé et surveillé : un guide est obligatoire...Un 4X4 aussi ! Pour nous, c'est camion-brousse qui tousse, bringuebale, hoquete, pollue mais avance vaillamment ! Le paysage change très rapidement : plateau basaltique nu et désertique, forêt de tecks, puis de feuillus, puis de palmiers, puis brousse basse. Un arbre immense aux fleurs orange vif nous intrigue. Il s'agit du kapokier. Dès la fin de la floraison, il se couvre de boules (ses fruits) qui ressemblent à du coton que les femmes récoltent pour garnir nos oreillers ! Kécouta nous montrera aussi une fleur jaune, au ras du sol, friandise des phacochères. Il s'agit de coclos parmaman tinterium (en latin sénégalais). Les fleurs sont séchées, pilées, mélangées à la nourriture et guérissent la fièvre jaune. "Dis donc Kécouta contre les piqûres de moustiques tu as quoi ?" " Çà c'est pas moustiques tes piqûres, c'est la mouche ?" " La mouche ?" " La tsé tsé !"v Allons bon manquait plus que celle-là ! "Mais çà fait juste dormir"...En attendant, çà gratte !

Côté animaux, nous pourrons admirer plus de 46 espèces différentes, à plume, à poil, à écaille. Un échantillon : chacals, hippopotames, crocodiles, gavials, ourébis, élans de Derby, Cobs de Buffons, pintades, grands et petits calaos, grues, verdiers, rolliers, ibis du sénégal, grands ducs, varans... à peu prés toutes les espèces du parc sauf...l'éléphant ! Trop braconné, il a quasi disparu !

Proche d'un campement, une panthère triste feule son histoire. Sa maman a été tuée par le grand serpent qui l'a dévorée. La panthère triste, son frère et sa soeur âgés de un mois ont alors été élevés par les villageois. Le bonheur était sans nuage, les panthères veillaient sur le village qui veillait sur elles...Jusqu'au sinistre jour où...De redoutables braconniers ont surgi de nulle part, à la stupéfaction des habitants. Armés de fusils, ils ont tués deux panthères en plein village...et ont disparus dans le vacarme de leurs puissants 4X4. Notre panthère est restée seule et incapable de vivre en brousse...Les villageois ont alors décidé de la cacher et de la protéger encore plus. Ils ont construit un immense enclos tout à côté du camp militaire voisin. Ainsi, la panthère reste avec les humains qui assurent sa garde rapprochée. Un jour, les militaires sont partis eux aussi....Les villageois ont acheté un énorme congélateur, rempli tout exprès de viande pour la panthère triste...qu'ils visitent tous les jours ! Désormais, les journées s'étirent interminables pour la panthère. Seuls les babouins, ultimes gardiens de son chagrin, montent bonne garde vers elle...Ils resteront debout à nous surveiller de près, pendant que nous écouterons la complainte de la malheureuse.

Midi ! Kécouta semble embarrassé..."Tu as un souci ?"  "Non"..."Mais si je vois bien, que se passe-t-il ?"  "J'ai oublié les assiettes à Simenti ( village de brousse proche)". "Ben pas grave ! On mangera dans le plat"....mais Kécouta fouille toujours ses cantines...et fini par avouer que dans la cantine manquante se trouvaient aussi les gobelets, les fourchettes et les couteaux ! Et comme nous sommes en pension complète...il craint notre colère.

Nous éclatons...de rire ! On se passera de gobelet, fourchette et assiette ; quant aux couteaux, les nôtres ne nous quittent jamais en randonnée ; le mien servira d'ailleurs à démonter la poignée d'un couvercle qui sera transformé en assiette pour Papa /Maman, nos nouveaux surnoms. Au Sénégal, ces termes affectueux et teintés de respect désignent un homme ou une femme plus âgés.

L'incident de la cantine crééra une belle complicité dans notre petite équipe de 4 !

Le bivouac nocturne est organisé à Batamba ( fromager en sénégalais), sur une plage caillouteuse dans une anse de la Gambie. Diala décharge le camion, Kécouta monte le camp : impossible de les aider ! « Papa Maman profite et baigne toi ». Selon nos accompagnateurs, pas de croco dans cette anse ni de serpent. Prudents, nous ne tremperons que les pieds dans l'onde poissonneuse. Le feu crépite, la nuit tombe et le ciel allume ses milliards d'étoiles...Diala infuse le thé sénégalais : le premier amer comme la mort, le second doux comme la vie, le troisième sucré comme l'amour. Kétouka opère une sorte de ronde autour du camp.... A la recherche de quoi ?  Ben tiens pardi....les voilà ! Prunelles rouges scintillantes dans le noir, planqués dans un bosquet...à 20 mètres de nos 3 tentes devenues bien frêles pour le coup ...Les crocos ! Des bien gros ! Des bien réels ! Qui nous observent.... "Ils ne vont pas venir dis ?" "Mais non Maman, il y a le feu et je le secouerai plusieurs fois dans la nuit" me rassure Diala.

N'empêche que, pourtant en mode sommeil profond, ma conscience me réveille soudain à une heure du matin. Les babouins hurlent à 10 mètres...Heureusement, le feu...Le feu ? Mais il ne jette plus de lueur sur la tente !... Et Diala et Kécouta...Ronflent comme des scieurs de long !...Je jette un oeil prudent par la moustiquaire, sans sortir... Le feu n'est qu'un rougeoiment de braises...Pas de croco en vue ?...Non ! La lampe torche devrait suffire à les tenir à distance...Merci la mouche Tsé tsé, je me rendors ...profondément...jusqu'à 4 heures ! çà remue tout à côté ! Çà s'agite même pas mal !...Les crocos ?...En fait, Kécouta a enfin réagi ! Il jette d'énormes troncs dans les braises et les flammes s'élancent à nouveau à l'assaut du ciel...Bon, j'vais finir ma nuit du coup ! Ce n'est pas tous les jours qu'on voisine avec des crocos et des babouins !

Le lendemain, nous parcourerons en vain le secteur des lions : impossible d'en voir un seul !

Le retour au camp s'effectue sans anicroche. A la nuit venue, nos nouveaux amis Kécouta et Diala prendront un verre dans le ccar, véhicule absolument impensable pour eux : "jamais vu un truc pareil ! Papa Maman, une vraie maison...personne ne va croire quand on dira". Nous échangeons nos adresses et nous garderons une place dans nos coeurs pour nos deux compagnons de bivouac !

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