Afrique de l'Ouest. Mali. Bamako

14 janvier 2011 : BAMAKO :

Nous quittons Kayes (Mali) au petit matin. La signalétique est étonnante : ronds points ornés de statues énormes ( militaires, hippopotames, crocos...) mais côté panneaux de direction  : rien de rien !

Nous finirons par demander la route de Bamako à un jeune garçon sur le chemin de l'école ; il donnera gentiment l'information sans réclamer « cadeau » ou « bic ». Du coup, nous lui offrons un beau stylo bille. Il fallait voir son immense sourire ravi !

Au campement Djoliba, à Bamako, Sadou nous accueille avec un gentil sourire. Il attend notre arrivée depuis plus d'une heure et, bien sûr, les cadeaux qu'Annie et nous même lui destinons. Mais très distingué et courtois, il participera à notre installation avant toute chose et nous remettra le beau couvre-lit confectionné par sa Maman.

Sadou avait 15 ans lorsque nous l' avons connu à Hombori. Il envisageait des études de médecine. Pendant de longues années, il a correspondu avec Annie puis, plus récemment,...avec nous par...Internet. Il est âgé de 20 ans et porte un regard lucide et empreint de maturité sur l'avenir du Mali et de l'Afrique de l'Ouest en général. Sadou réoriente sa formation : malgré des premières années brillantes en médecine, il a pris conscience qu'il ne connait pas son réel niveau de savoir. En effet, pour obtenir une note sur sa copie d'examen, il convient de verser un « encouragement financier » au correcteur. Pas d'enveloppe, pas de note. Plus l'enveloppe est gonflée, plus la note est haute. Or, Sadou travaille pour payer ses études et subvenir aux besoins de sa famille. Il a pris conscience qu'un mauvais médecin peut tuer par un diagnostic inapproprié au lieu de soigner. Comment évaluer si on est un bon médecin quand on achète sa note ? Sagement, Sadou a décidé de devenir juge...profession à la tâche immense en Afrique de l'Ouest.

Pendant deux jours, Sadou a été notre guide et notre conseiller dans la fourmilière de Bamako. Il nous a conduit, de mini bus au fonctionnement incompréhensible pour les toubabs, en mini bus dans  des lieux de vie superbes, écartant les gêneurs et autres marchands du temple.

15 janvier 2011 : BAMAKO

Notre premier mission : remettre les crèmes solaires pour albinos à l'association de Salif Keitha ! Les bureaux sont situés sur l'une des collines de Bamako, que nous gravirons à travers des ruelles poussiéreuses et sales. Personne ne sera au rendez-vous mais Sadou se chargera de livrer notre colis dès lundi. Un parc monumental est accroché à la colline. Il s'agit d'un monument commémoratif du cinquantenaire de l'indépendance. Nous nous étonnons de son air japonisant avec les petits ponts de bois, les rivières miniatures et sa terrasse belvédère sur Bamako. Réponse : « ce sont les Chinois qui ont payé ». Réponse que l'on nous fera très souvent et qui amène une question : «  la Chine est-elle la nouvelle puissance colonisatrice de l'Afrique de l'Ouest ? »

Le parc national nous propose une belle promenade sous ses ombrages rafraichissants. Nous aurons la surprise de retrouver Delphine et Julie, deux jeunes filles rencontrées au Sénégal qui voyagent seules. Nous leur avions donné nos numéros de téléphone en cas de problème à la frontière puisque nous roulions « derrière elles ». Elles ont décidé de séjourner au moins un mois à Bamako ; aussi leur avons nous présenté Sadou.

Bamako aurait été fondée au XVI ème siècle par les Sarakolés. Son nom est tiré de deux mots mandingues « Bama » et « ko » qui signifient le « marigot aux caïmans ». La ville est composée d'une soixantaine de quartiers et continue de s'étendre inexorablement. L'atmosphère était difficilement respirable entre les gaz d'échappement et le vent de sable ; lourdeur de l'air et ciel voilé ont été notre lot.

Le centre Djoliba, découvert lors du voyage 2005/2006 est extrêmement dégradé. Visiblement, l'entretien n'était pas à l'ordre du jour : sanitaires lugubres, gardés par un énorme rat (que j'ai vu bien sûr ! Beurk ), robinets et égouts cassés, terrasse du restaurant à la dérive...Quel dommage avec une aussi belle vue sur le fleuve Niger.

Jean-Paul décide de laver le camping-car. Il l'approche des sanitaires et à grand renfort de jets d'eau et de coup de brosse lui rend un bel aspect. Au moment de retourner sur l'emplacement...ZZIII....ZZIII...Plantage en beauté dans la gadoue formée suite au lavage et à l'absence d'écoulement des sanitaires. Il me demande de le pousser !!! Refus catégorique : même costaude impossible pour moi de dégager les 3 tonnes de notre Exsis. Jean-Paul tempête... Deux Maliens lui proposent main forte...Je me fonce au volant .YES ! Victoire BIBI ! Je ne pousserais pas ! Rien à faire, le ccar est toujours enlisé. On essaie avec les plaques à sable ? Un quatrième gaillard arrive et là...Youpie !...Nous voici « déplantés »!

16 janvier 2011 : BAMAKO

Journée shopping avec Sadou. Mais tout d'abord, nous souhaitons retirer de l'argent. Les distributeurs de billets sont très rares : 3 en tout et pour tout pour le Mali, et, uniquement à Bamako. A la BCEAO, immense banque, le distributeur refuse notre carte !...En fait, il a été changé et n'est pas encore relié au réseau Visa International ! Désappointement...Réflexion...Qu'ai -je lu dans mon guide ? Un distributeur dans un hôtel de luxe mais lequel ? Voyons...Pourquoi pas le Sofitel ? Sadou nous conduit à ce temple du luxe. Il convient de montrer patte blanche (terme on ne peut plus exact) aux multiples vigiles, noirs, qui s'empressent. Sadou sera impressionné par le gigantisme et le luxe du hall d'entrée , l'organisation, la propreté des lieux et par le portier en uniforme. Encore un choc pour lui. Depuis hier, il découvre le camping-car, notre mode de vie, les coûts en Europe tout comme nous découvrons sa culture !

Pour bien la cerner rien de tel que le marché aux féticheurs ! Toute la pharmacopée des marabouts s'étale sous nos yeux et nos narines ( révulsées) : plantes, racines, pattes de coq, serpents, têtes de singe séchées et grimaçantes, perruches en cours de faisandage...

La promenade au marché des artisans sera la bienvenue  pour nous remettre. Nous les observons ciseler les bracelets, tanner et découper les cuirs pour fabriquer de magnifiques sandales ( que je n'ose même pas marchander : trop hors de prix pour une toubab). Par contre, nous marchanderons des objets de bois avec amusements et rires tant du côté vendeur que du côté acheteur.

Sadou partagera notre déjeuner et découvrira l'usage concomitant du couteau et de la fourchette...à 20 ans. A quoi çà sert ? C'est la bienséance en Europe et les enfants utilisent les couverts dès leur première année. En revanche, il m'apprendra à frotter le linge à la main avec « toute la force dans la main sinon c'est pas frotté propre ».

Nous avons apprécié sa gentillesse, sa délicatesse et son tact et, quand le moment des adieux est venu, chacun était très ému. Nos conversations constituent un réel enrichissement sur la diversité de nos cultures et nos visions du monde, de la vie et des gens. Malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, nous reviendrons te voir, Sadou...En avion cette fois ! Et en attendant, le net nous rapprochera.

17 janvier 2011: Ayoun el Atrous. Mauritanie.

Une longue étape nous attend et nous quittons Bamako à 6H45. Tout va bien jusqu'au dernier poste de police (ou gendarmerie ?) en sortie de ville. Nous marquons un arrêt au panneau «halte », un autre plus léger au « stop ». L'uniforme fait signe et nous passons.

Bien plus loin, une mobylette surgit sur notre droite...Chevauchée par un type vêtu d'un treillis et armé...D'un sifflet ! Nous stoppons ! Il vocifère à ma vitre, exige le permis de Jean-Paul et la carte grise, et réclame 75 000 CFA pour une amende ( Env 120€). Nous restons calmes et demandons quelques explications...Re vociférations ...Auxquelles nous ne comprenons rien ! Nous essayons la pédagogie...Vociférations et mise en fourrière du ccar !... La courtoisie...Vociférations et prison !...La diplomatie...Vociférations et amende payable de suite !...Je lui explique que je suis une vieille femme fatiguée, que mon mari est vieux, que nous sommes perdus et cherchons notre route depuis une heure, lui demande les raisons de son acharnement sur des Anciens alors qu'il a l'âge de notre fils...Vociférations et exigence d'un paiement immédiat sinon prison ! Jean-Paul explique que nous avons aidé les populations par des dons de médicaments, que nous parrainons un jeune, que nous n'avons plus d'argent sur nous sauf 20€ ...Vociférations de plus belle !..."Super Ripoux" nous a pris dans sa nasse ! Et avec son air cannibale ( front bas, yeux enfoncés, mâchoire prognathe), il a dû mettre chauffer la marmite qui servira à nous cuire !

Je tente le tout pour le tout et fonds en larmes ( parfaitement ! Sur commande !) avec des vraies larmes ...Re vociférations...Mais 40€ le calmerait. On donne !

Mais le voilà qui rugit à nouveau  ( il a changé les piles ?) et prétexte que je lui ai manqué de respect ! Un comble ! Il nous insulte depuis bientôt 20 minutes, nous restons calmes et c'est nous qui lui manquons de respect !!!! Là c'est "Super Ripoux" croisé "Super Pourri" qui empeste le corrompu !!!

Rien d'autre à faire que feindre le malaise ! Ma respiration devient saccadée, je défaille.. Jean-Paul annonce que je suis très malade du coeur et que si la crise cardiaque se déclenche, la police devra s'expliquer. Le manège dure encore 5 longues minutes. Il vocifère toujours ...Mais moins fort... Pas question de nous libèrer sans le versement d'encore 20€ ! N'y tenant plus, nous cèderons au bout de 30 minutes de ce combat inégal contre la stupidité et la bêtise du porteur d'uniforme. Même si le montant de l'extorsion est de 60€, on a réussi à baisser de moitié ses exigences et à filer sans encombre ! C'est déjà une victoire !

Ma vengeance : juste avant de poster les billets sur le blog pour nos proches, j'ai adressé un mail, de mon plus beau clavier, au vitriol bien entendu, à l'Omatho ( office du tourisme malien) avec copie ( supposée ) à Sarkosy,Président de la République, à Monsieur le président du Mali, à l'Ambassadeur, pour relater l'incident, me plaindre d'un malaise du à l'attitude irrespectueuse de la police vis à vis d'Anciens et annoncer que ceci fera les choux gras sur internet en Europe avec appel au boycott du Mali, bien que le Président Amadou Toumani Touré déclare la chasse à la corruption priorité nationale !

Affaire à suivre mais, amis voyageurs, le net est une arme redoutable pour l'image d'un pays alors...Tous à vos claviers !

La route est très défoncée suite à la saison des pluies entre Nioro du Sahel et Ayoun. A certain moment, nous ne savons comment nous faufiler et nous mettrons 3 bonnes heures pour couvrir les 85 derniers kilomètres.

Le soir, nous faisons halte à Ayoun El Atrous, en Mauritanie, à l'auberge Saar Tenza ! Où rituellement...comme en 2005...Nous nous ensablons...Mais dans le parc cette fois ! Pas Maurice et son Patrol pour nous sortir come en 2006 !!! La fatigue nous assomme d'un coup ! 

Le gardien, prêt à rendre service  à son seul et unique client,  n'arrive pas à joindre un ami pour nous tracter. C'est donc « pelle et plaques à sable party » malgré la fatigue ! Et dans le plus grand calme en plus ! Comme quoi, nos ressources sont infinies ! Dès que la roue dépasse la plaque, c'est re-plantage ! Il faut donc avancer la plaque au fur et à mesure ! En 4 coups, nous rejoindrons le « dur » !

Gare à la sortie demain matin ! Mais pour le moment...APERO ! Bien mérité foi de Gaulois !

Commentaires (1)

1. JABRI 06/01/2013

Merci de nous faire un peut rêver à travers vos écris

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