Afrique de l'Ouest. Frontière Maroc

 19 Janvier 2011 : De Kiffa à Nouakchott

Nous quittons Kiffa tôt le matin car nous avons hâte de rallier Nouakchott afin d'envoyer des nouvelles par le net.

Avant de partir, Jean-Paul vérifie une dernière fois que nous n'avons pas de « crame crame » sous les chaussures ou à bord. C'est une sorte de boule épineuse, à trois pointes, qui se loge partout et pique terriblement ! Autant s'en défaire de suite.

En fin de matinée, nous voici à Ekamour quand Jean-Paul pile soudain. Toute occupée à photographier les échoppes en roulant, je frémis rétrospectivement ! Dieu merci, Jean-Paul a bien anticipé ! A ras le pare-choc...Un décaissé de plus de 1 mètre de profondeur par rapport à notre chaussée. Pas de pente douce mais une véritable faille abrupte … ???!!!...Comment va-t-on faire? Impossible de passer çà en camping-car ! Il doit bien exister une piste parallèle. Nous reculons et scrutons autour de nous...Un kilomètre en amont de la faille, nous apercevons sur la gauche un semblant de départ de piste très sableuse. Que faire ? Nous réfléchissons...Nous sommes en « ville », avons la sangle de tractage et les deux 4X4, rencontrés à Ayoun, sont quelque part derrière nous. Ils quittaient le Phare du Désert un peu plus tard que nous pour rejoindre, eux aussi, Nouakchott...

Nous nous engageons, à contre-sens soit dit en passant, et en espérant qu'un grand bâché ne déboulera pas face à nous à fond ! Le sable laisse place au lit caillouteux de l'oued que nous traversons en priant nos grigris que nos pneus résistent … Ouf ! Nous voici de l'autre côté sans encombre et nous partons à l'assaut de la redoutable passe de Djouk. La route est abrupte et les virages en épingle à cheveu. Les freins de bâchés et camionnettes, ou leur direction, lâchent fréquemment et précipitent ces véhicules dans le précipice. Gare à celui qui se trouve sous leur trajectoire folle ! Nous avons de la chance : le trafic est quasi nul aujourd'hui. Nous opérerons même une halte au sommet de la passe pour profiter au maximum du paysage grandiose qui s'étale sous nos yeux.

Puis à nouveau, nous retrouvons les fondrières, la tôle ondulée, les tronçons en piste sableuse.... A Aleg, un jeune homme mettra un coup de poing dans le rétroviseur de mon côté. Ce sera le rare signe d'hostilité que nous subirons au cours de ce périple. D'énormes bulldozers oeuvrent à « regraver » une route propice à accueillir un bon goudron.  En arrière plan, dans mon esprit, une pensée pour les touristes blancs assassinés ici ne me quitte pas. Et si nous étions les prochains ?

Route de l'Espoir ou route du désespoir ???

A nouveau des congères de sable barrent la route. Le ciel a une drôle de couleur mauve qui se marie bien avec l'or profond du désert.

Des villages modernes, groupements de « maison »  érigées sur socles de ciment recouvert d'une toiture en tôle colorée,  succèdent aux villages typiques des nomades, formés de belles kaïmas en toile. La modernité arrive dans le Sahel. Sera-t-elle signe de sédentarité des populations ?

A l'Auberge Sahara de Nouakchott, Kania nous accueille avec son grand sourire, contente de nous savoir de retour, en bonne santé et sans casse. Nous stationnons dans la cour fermée devant un grand camping-car immatriculé en Allemagne. Kania nous conseille de faire des provisions d'eau et bouche. En effet, la frontière du Maroc est fermée depuis trois jours pour cause de...panne informatique !!! On aura tout vu ! Le Maroc refuse toute entrée depuis la Mauritanie parce que le contrôle informatique des passeports, des autorisations de transit et le scanner des véhicules ne fonctionnent pas.

Quantité de véhicules sont bloquées dans le no Man's Land, au milieu des mines et à la barrière mauritanienne.

Dans le sens Maroc/Mauritanie, ce n'est pas mieux ! Une économie parallèle s'est même installée à la frontière : des « petits malins » vendent de l'eau et du pain aux infortunés voyageurs.

Alors que je rangeais à bord, un homme tousse violemment à ma porte...Tiens, il recommence …?!...Devant sa toux insistante, je m'enquièrre de sa santé. Mal m'en a pris ! Voilà ce gros bonhomme qui m'insulte en allemand...?!... Zen ! Je tente de le calmer en anglais. Résultat : il beugle toujours mais...en anglais cette fois. En fait, il est furieux de nous voir garés devant lui car il part tôt demain matin : à 7 heures précises. Ben nous aussi voyez-vous ! Alors pourquoi il crie toujours ? Jean-Paul arrive sur ces entre-faits. Par souci d'apaisement, je propose que nous nous déplacions un peu. Cette fois, c'est Jean-Paul qui gueule !!! Et grandiose en plus ! «  Mon père était résistant pendant la guerre donc je ne vais pas céder à un boche ! » Impossible de le calmer ! Kania viendra régler le problème : nous restons où nous sommes ; quant au mal-embouché, il a intérêt à filer droit car voici plusieurs jours qu'il tente de dicter sa loi. Jean-Paul triomphe !

Quant à moi ?...Et bien, je file me connecter sur le net ! Patience : la vengeance est un plat qui se mange froid !

20 janvier 2011 : En route pour la frontière !

Lever : 6H ! Pfff ! Et dire que nous sommes en vacances ! Ceci dit, le réveil a sonné à 5h30 ! De la folie !

6H45 : prêts à partir, assis au poste de pilotage... sauf que :

* il fait trop nuit pour rouler !

* le gardien qui doit ouvrir la barrière dort encore !

* des gens, qui sont arrivés très tard hier soir,  dorment dans le véhicule stationné devant le portail !

* et moi : je suis de mauvais poil ! De très mauvais poil ! J'aurais pu dormir une heure de plus !

Tiens au fait...Le mal-embouché en est où ? Calme plat dans son véhicule...Aucune lumière...Rien !

Ah Ouais !?...Patience....

7H30 : Le jour est suffisamment levé pour envisager de prendre la route. Pendant que Jean-Paul réveille le gardien, qui réveille les occupants du véhicule bloquant le portail, je file taper un grand coup à la porte du mal-embouché. "Tu voulais partir tôt ? Tu ronfles encore ? Et bien, te voilà réveillé maintenant !" Pas de grasse mat' pour les mal-embouchés !

Nous filons bon train vers la frontière sur de l'excellent goudron. Persuadés d'être bloqués plusieurs jours, nous musardons, faisons de fréquentes halte-photos, ramassons du sable si fin qu'il poudre nos doigts et si blanc qu'il étincelle comme de la neige.

A la station service « Gare du Nord » (ce n'est pas une blague promis), un couple de camping-cariste nous informe que la frontière est ouverte depuis le matin ! En fait, la veille au matin, les camping-caristes et voyageurs européens, lassés du blocage, ont organisé une énorme manifestation ! Une vraie avec des slogans et des manifestants qui tapent sur des couvercles, des casseroles pour faire du bruit, menacent d'alerter les médias et de mettre toutes les vidéos en ligne sur le net ! Nous avons raté la super manif : quelle déception !

La sortie de Mauritanie sera très rapide avec des douaniers aux petits soins pour nous, s'excusant même de nous faire attendre. N'étant pas habitués à tant d'égards, nous répondons avec beaucoup d'amabilité. En une vingtaine de minutes, nous sortons de Mauritanie.

Entrée au Maroc … Là, on perd toute amabilité ! Et patience par dessus le marché ! Pourtant, c'était bien parti !

Pendant que je remplissais tranquillement un formulaire au premier bureau, Jean-Paul, conscient d'une imprudence, retourne au Ccar ranger l'appareil photo qui trainait. Le douanier hilare lui lance : « on n'est pas des Italiens ! Y'a pas de voleurs au Maroc ! ». On plaisante ; il nous indique les divers points de passage obligatoires... Nous garons le Ccar plus loin et là...Le bazar total ! La folie furieuse !

« Les Uniformes » s'agitent dans tous les sens ! Nous ne sommes jamais au bon guichet au bon moment... « Les Uniformes » nous renvoient de l'un à l'autre, puis vers le maitre-chien, puis vers le responsable du tunnel-scanner, puis vers....Pas moins de trois « Uniformes » vérifieront, à tour de rôle (donc attente entre chaque visite de ces pandores!!) l'intérieur du véhicule, placards compris !

Il faut une liasse spéciale pour être autorisé à entrer dans le scanner. C'est où ? Bureau là bas ? Oui là bas ! On s'y met tous les deux pour essayer de comprendre ce que les douaniers attendent de nous et quand. Je fais la queue  à un guichet, pendant que Jean-Paul tente d'obtenir le papier d'importation du Ccar. Mais là...Gros problème !

Jean-Paul m'appelle. Le douanier se bute : notre Ccar n'est jamais sorti du Maroc fin décembre !..???... Tentative d'obtenir un billet ?...Non : réelle difficulté administrative...Et quasi insoluble !...La sortie du véhicule a été tamponnée sur le passeport, ainsi que l'entrée en Mauritanie (çà le douanier s'en fout) mais...Rien n'a été marqué dans l'Informatique (avec un I majuscule)...Et si ce n'est pas dans l'Informatique : c'est très grave ! ...Jusqu'au moment où je dis au douanier que nous avons bien un document tamponné par la douane en sortie du Maroc : il est bien rangé dans le Ccar. Il m'ordonne de lui montrer le document et là....Il devient gentil ...Et s'excuse...On est en règle. C'est la faute de l'informatique (avec un i minuscule) ...Enfin, en règle pour 2010 !...Parce que pour 2006...On est en faute !!!...QUOI ? … Maudit soit cette informatique !!!... En 2006, le Ccar n'est jamais sorti du Maroc ! Comprenez qu'il n'a pas été dédouané ! Comment faire ? ...Cogitations...OUI : Mr l'Officier si nous avons pu rentrer au Maroc en 2010, c'est que nous étions en règle. Il y a une erreur informatique...NON : l'erreur a été de nous laisser rentrer ! On a eu illégalement le document de transit....A bout de patience, je propose : « le document de 2006 est chez moi. Mon mari peut appeler son fils qui vous faxera çà ou vous l'enverra par mail. On vous demande juste de nous laisser dormir à la frontière. » « Vous avez le papier 2006 ? » «  Oui dans une pochette bleue à la maison, dans le placard de notre chambre ; on peut vous le fournir ». « Pas besoin. Mais au retour écrivez bien à Mr le Directeur Général des douanes pour envoyer une copie du papier »... !!???...Encore une logique douanière qui nous échappe.

Pour la "petite histoire" : de retour  Lyon, je découvrirais que nous ne sommes pas en possesion du document ! Nous avons oublié de dédouaner sur le bâteau entre Tanger et Séte, ou l'informatique à planter... Toujours en est-il...que mon assurance face au douanier  a été payante.

Vite : au scanner ! Et ensuite, on file...Il y a quand même trois bonnes heures que nous faisons la pantomine à ce poste frontière par plus de 30° !

Nous prenons la file derrière un Marocain qui nous semble âgé et nous patientons...Un quart d'heure...Une demie heure...Trois quart d'heure...Jean-Paul n'y tient plus et interpelle le responsable du scanner : «  c'est pour bientôt, on finit la file de camions  qui sort du Maroc »...Une heure...Une heure et quart ...l'Ancien est très calme, très philosophe...Je lui propose de l'eau, trouve honteux qu'il soit obligé d'attendre...Il me parle des Marocains et de leur  patience : « on finira toujours par passer »... Evidemment, vu comme çà ! Jean-Paul retourne tempêter dans le bureau. Enfin, il obtient une explication plausible : les camions sont prioritaires car chargés de fruits et légumes et comme, ils ne sont pas frigorifiques, ils passent avant...Une heure trente...Nous décidons de forcer le passage, tant pis ! ...Tiens donc ! Au moment où nous mettons en route le moteur...Le responsable nous fait signe d'avancer !

Un dernier coup de tampon et...Pratiquement cinq heures après avoir franchi le no man's land...Nous roulons enfin notre étape du soir : le Motel Barbas.

Une dernière surprise nous y attend : une dame me demande si je m'appelle « Panfla » sur le forum de voyagedorum.com. Devant ma réponse affirmative, elle triomphe face à son mari: «  j'en étais sûre j'avais reconnu le ccar ! » Nous échangerons allègrement sur nos péripéties de route et nos « bons tuyaux ».

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site